Mais ou sont les lhassas d'antan?


Lorsque la Société Centrale Canine transforma le C.A.C. en C.A.C.S, ce fut une bien sage et courageuse prise de position qui ne manqua pas certainement de ravir les véritables cynophiles.

Cette décision venait probablement à la suite du début de dérive dans les jugements qui privilégiaient le brio de la présentation au détriment de la conformité au standard.

Je ne sais si pour beaucoup, cette nouvelle attribution du C.A.C.S. a permis de conserver dans son authenticité la plupart des races, je le souhaite en tous cas, mais pour la race qui me tient particulièrement à coeur, le Lhassa-Apso, je crains que cela n’ait été qu’un voeux pieux.
Comment comprendre autrement, dans une race dont la taille idéale doit être de 25,5 cm pour les mâles, les femelles étant un peu plus petites, on soit arrivé à couronner des champions de 30 et 32 cm dont la progéniture se voit ensuite refuser parfois la confirmation parce que de trop grande taille !
Lhassa moderne
Lhassa moderne
On se demande comment, avec le même standard, il a été possible de juger des chiens aussi dissemblables que les premiers Lhassa-Apsos que nous avons connus et les "Lhassas modernes” actuels.

Que sont devenus les éleveurs qui avaient eu la chance de posséder les premiers et belles lignées ?

On n’en voit plus aucun, ou presque, dans les rings.

Changtru
Chang Tru
Bayley - Valentine

Dans le dernier Championnat de France du 6 Juin 1997, il n’y en avait plus un. Il est bien dommage qu’ils aient laissé la place aux nouveaux, car ils ne se sont pas rendus compte du potentiel génétique unique qu’ils avaient en main, aujourd’hui d’une valeur inestimable, puisque pratiquement disparu.

Hamilton Dogs
Hamilton's 1940
Ceux qui ont encore ces types de chiens qui remontent aux anciennes lignées Hamilton et Annapurna doivent avoir le courage de revenir et de ne pas se laisser impressionner par les stars du moment car bien vite on aura certainement besoin d’eux.
Annapurna
Légende

La S.S.C. dévrait , déjà, rendre obligatoire l’affichage, dans les rings, du standard en poster. Cela rappellerait à tous, que ce n’est pas le toilettage et la présentation qui font la valeur d’une race, mais le respect des caractéristiques que la nature lui a données.
Il ne faut pas confondre expositions (présentations) et “shows” (spectacles). Il faut aider la nature, certes, mais il ne faut pas la déformer. C’est malheureusement le cas pour le Lhassa-Apso. Tout a changé, sa morphologie, sa démarche, sa fourrure, son attitude, jusqu’à ses couleurs.
Dessin
Dans sa morphologie, il n’y a pas que le problème de la taille, l’allure générale du chien est différente, avec une très haute avant - main prolongée d’un long cou. Ou bien ils sont très fortement charpentés et leur poids avoisine les 9 et 10 kg, ou bien ils n’ont pas de substance, dans un cas comme dans l’autre la fourrure, outrancièrement longue, dissimule les défauts.
Leur démarche qui relève très haut les pattes arrières montrant les coussinets, n’est pas caractéristique de l’ Apso. Quant à la fourrure, les cosmétiques peuvent beaucoup, sauf redonner du poil de chèvre!
Où sont les belles franges noires des oreilles, des barbes et des moustaches ? On en voit encore chez certains sujets gris nuancé mais c’est rare. Par contre beaucoup de couleur abricot délavé, qui rappelle vaguement la couleur de certains cockers américains. Type moderne
Comment un tel changement est-il survenu au cours de ces dernières années ?

• 1 ) Manque de rigueur par rapport au standard et non respect de celui-ci dans certains pays.
• 2 ) Sélection trop poussée pour obtenir un type de chien plus spectaculaire en “show”, ce qui amène inévitablement à une dégénérescence due aux nombreuses qualités perdues en route.
• 3 ) Retrempe avec une race différente pour obtenir l’allure recherchée.

Quel que soit le cas, et peut-être les trois à la fois, il n’y a pas lieu de se réjouir.
Quant aux expositions, qui devraient être des présentations, et non des spectacles, elles gagneraient à être un peu plus naturelles. Plus de laisses qui étirent les vertèbres cervicales à la limite de la strangulation pour faire voler le chien et lui donner cette, soit disant, élégance d’un belle encolure; mais des laisses souples qui permettent au chien de s’animer et de marcher naturellement.
Campé postérieur
Campé Postérieur
Quant à la position du campé, si prisée de nos jours, je laisserai ici parler le Dr LUQUET :“ nombre d'exposants présentent leur chien campé des postérieurs, alors que les membres antérieurs conservent des aplombs normaux. En disant qu’ainsi le chien est “bien placé”, ils commettent une méprise.
A ce sujet nous ne pouvons mieux nous exprimer qu’en reprenant ce que le Professeur BRESSON a écrit : << Ceci nous amène à regretter la façon d’origine anglo-saxonne, dont trop de chiens sont présentés dans les rings, les membres postérieurs en extension exagérément campé en arrière, le dessus allant en montant, le propriétaire accentuant encore cette position artificielle en plaçant une main sous le menton, Cocker
et l’autre au niveau des jarrets ainsi que cela se fait couramment dans les expositions américaines, la silhouette ainsi obtenue est peut-être élégante, agréable à ‘oeill; elle est conventionnelle, illogique et rend impossible tout jugement raisonnable. Elle fausse la conformation et les aplombs du sujet. >>

J’ajouterai encore ceci, extrait d’un article du Professeur QUENNEC: “Au plan des expositions, la doctrine préconise une présentation en main, permettant de camoufler les défauts anatomiques, avec une attitude campée sur les antérieurs, tête levée et un arrière-train surbaissé, cela donne beaucoup de brio à l’animal, mais cette attitude est celle d’une menace agressive, souvent associée à une peur masquée. Aux U.S.A., HUMPRHEY et WARNER suivis par des nombreux autres auteurs, trouvent une forte corrélation négative entre tempérament équilibré et victoires aux Expositions”

Je laisse à chacun le soin de méditer les opinions des hommes de science, qui connaissent beaucoup mieux que de simples cynophiles ce qui correspond à la morphologie d’un animal. Puissions nous les ecouter.

Tous autant que nous sommes, juges, éleveurs, amateurs, nous avons une part de responsabilité dans le maintien des espèces. Nous avons le devoir de les conserver et de les respecter et non de les modifier selon nos goûts, nos fantasmes, nos vanités et nos intérêts. Ils ne sont pas nos esclaves mais des êtres vivants auxquels nous devons protection.

Si l’homme dans son inconscience a fait disparaître 2 500 espèces d’ animaux et de plantes dans les cinq dernières années, en ce qui nous concerne, cette belle race très ancienne, héritage de la culture Tibétaine, doit conserver toutes les caractéristiques que la tradition a maintenue intactes depuis plus d’un millénaire dans son pays d’origine.

Mais où sont les neiges d’antan ?

Yolande De Zarobe

Pastel
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