Lhassa Apso La fin de l'authentique


Entre le Lhassa d'aujourd'hui et le Lhassa d'origine, la différence est frappante.
Au cours des soixante dernières années son type a connu une évolution qui n'est pas sans rappeler celle du Cocker Anglais aux Etats Unis, qui est devenu le chien que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de "Cocker Américain". Cette race est superbe, elle a fait de nombreux adeptes mais on a eu la sagesse de conserver le Cocker Anglais .

Satroma Type moderne
Cocker
Cocker moderne

Quelles ont été les raisons de cette évolution ?
• 1° - la mode,
• 2° - les éleveurs,
• 3° - les juges


• La mode

La mode veut des grands chiens hyper-sophistiqués au superbe pelage et à un parfait conditionnement sur le ring, le " Show Dog " dans toute sa splendeur.

Tout le reste n’est qu’accessoire.
Pourvu que la fourrure soit opulente qu’importent:

• les crânes ronds ou bombés;
• les yeux ronds, grands et globuleux et parfois clairs,
• les nez trop courts ou plongeants,
• les grandes sorties d’ encolures,
• les poitrines sous le coude, courtes et rondes,
• les avant-mains arquées,
• les queues attachées si haut qu’ elles semblent sortir du milieu du dos,
• les oreilles attachées trop bas,
• les fourrures ou laineuses ou soyeuses,
• des tailles très au dessus de la limite du Standard,
• des démarches atypiques,

caractéristiques qui, selon le Standard, devraient être considérées comme des défauts chez le véritable Apso-Seng-Kyi.

Yeux
Dessin
Lhassa Apso


• Les éleveurs

Comment les éleveurs ont-ils été amenés à ce type de chien ?
Comparaison
Pour gagner dans les SHOWS, il a fallu sacrifier à la mode. Les Américains ont donc créé un chien offrant plus d’impact sur le ring que le Lhasa d’origine. Pour cela, ils ont sélectionné, dans un premier temps, les plus grands des portées puis, à partir de là, avec des alliances extérieures, ajouté les caractéristiques désirées.
Les fidèles du vrai type se sont donc vite retrouvés hors course et se sont, peu à peu, tournés vers le nouveau chien. Ce prototype créé exclusivement pour le ring emporte l’adhésion des Juges mais pas celle de M. Jigme TARING (gendre de Tsarong Shape) reconnu par le 14° Dalai Lama comme une autorité en matière de Lhasa-Apso, qui écrivait le 28 Décembre 1990 à Mme Carolyn Herbel :

"Avec mon expérience et après avoir vu un grand nombre de livres sur le Lhasa-Apso, je me rends compte qu’il existe deux types distincts de Lhasa-Apsos dans les pays étrangers, ceci est peut-être dû au climat, à la nourriture ou aux meilleurs soins que ceux qu’ils avaient dans leur pays d’origine, ou alors ils pourraient être une sorte d’hybride. C’est un mystère pour moi.D’une manière générale j’apprécie et admire votre travail, surtout en ce moment où la race est en danger de disparition après l’occupation chinoise du Tibet."

(Réf- The New Complete LHASA APSO – Norman and Carolyn Herbel)


Famille Taring et M.D'Aoust
Mr et Mme J.Taring
et Mr D'Aoust
• Les juges

Comment les juges n’ont-ils pas réagi devant de telles dérives ?

A une époque où le ‘’look” a une telle importance, il est difficile de résister devant le brio, difficile de déclasser des chiens sacrés champions et impossible d’aller à contre courant, au risque de ne plus être appelé à juger !

Qu’importe le Standard ! Sinon comment expliquer des champions dépassant allégrement les 10 inches avec bien des défauts énumérés plus haut ?
Il n’y pas de doute, les juges sont en très grande partie responsables de l’évolution actuelle de la race car ils n’ont pas eu le courage d’opposer le Standard à la mode. De plus, la plupart n’ont pas connu les chiens d’origine et connaissent mal cette race asiatique et son histoire. Ces chiens appartiennent depuis des siècles au patrimoine culturel tibétain et de ce fait devraient être respectés dans leur authenticité. Dommage que la petite phrase qui était en exergue dans le premier Standard officiel de 1935 :
" Dans le jugement de ces chiens, les caractéristiques de la race sont de première importance " ait été supprimée dans les révisions successives.

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Existe-t-il, aujourd’hui, une démarche pour la préservation du Lhassa d’origine ?
A ma connaissance non, si ce n'est la voix de quelques amateurs qui essayent de se faire entendre. Il serait donc souhaitable de trouver une solution car la situation est grave, on est en train d’effacer purement et simplement une race pour en créer une autre.

M.D'Aoust
Au cours des années 1980, on aurait pu sauver la race. En effet, Mr.Gérald D'Aoust, après ses trois voyages au Népal, est revenu au Canada avec un total de seize chiens authentiques, du meilleur type et de huit lignées différentes provenant du monastère de Drepung et de réfugiés tibétains. Il n’a jamais trouvé d' appui auprès du Canadian Kennel Club (CKC) ni de l'American Kennel Club (AKC) pour les enregistrer.
On l'a laissé lutter pendant vingt ans contre les pires difficultés pour maintenir son cheptel jusqu'à ce qu’à bout de force il ait lâché prise.C’est maintenant chose faite.Vu l’état actuel des Lhasas, l’ostracisme dans lequel a été maintenu M. D’Aoust, alors que ses chiens apportaient un sang frais à une race qui en avait plus que besoin, est incompréhensible.
Lhasa Apso
En effet cette race tourne depuis plus de cinquante ans avec les gênes des premiers chiens tibétains importés par les Cuttings et auquels s'ajoutèrent ceux de Shi-Tsus provenant d'Angleterre et inscrits comme Lhassas par l' AKC. C’était pour elle la chance unique et inespérée de se ressourcer.
Dorothy Cohen
Mme Dorothy Cohen
& Hamilton Chang Tru
Mme Cohen (Karma Hamilton) dans le courant des années 70, se rendant compte qu’après l’invasion chinoise le Tibet était devenu inaccessible, déclarait :
" Si vous avez de la chance, vous pourrez juste avoir un fac-similé de Karma, mais des Karmas, il n’y en aura plus jamais ".
Il est regrettable que ceux qui ont pour mission de défendre et améliorer la race aient ignoré ce potentiel génétique.

On ne peut notamment que déplorer l’attitude du CKC et l' AKC d'avoir si peu oeuvré pour la conservation de la race ! Comble de l’absurde, l'UKC américain (United Kennel Club) seul à accepter les chiens de Gerald D' Aoust n'est pas reconnu par la FCI pour la race des Lhassas, seule l'AKC l'est pour les Etas Unis or, l' AKC ne fait pas partie de la FCI ! !

Ainsi lorsque l’on constate le cas qui a été fait des chiens de M. D’Aoust, on est en droit de penser que quelque chose a changé entre l’esprit des pionniers et celui de leurs successeurs qui sont passés à coté de l’essentiel sans le voir, ou peut-être sans vouloir le voir !

Où trouver maintenant d'autres souches ? et d'autres sources ?

Au Tibet ? Impossible.
Au Bhutan, très difficilement et au compte-gouttes.


De toute façon,, au vu des règlements actuels, il n'y a pas de solution pour enregistrer des sujets importés de leur pays d'origine, on ne peut miser sur une nouvelle opportunité comme celle de D’ Aoust.

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Il faut donc orienter la solution vers la méthode de sélection suivie par les Tibétains depuis des siècles, c’est-à-dire une sélection par les plus petits et les plus typés qui étaient les plus appréciés.

Tous les témoignages de ceux qui ont connu la race dans son pays d’origine l’attestent .

Voici ce que m'écrivait l'Honorable Mrs Bailey en novembre 1978:
"Je considère que la petite taille que vous possédez en France est essentielle pour le vrai Seng Kyi. Quel pays est-ce qui vous conteste la petite taille ? Au Tibet, ils appellent tous les chiens du type Apso (qu’on appelle Lhasa Terrier en Grande Bretagne et aux Etats Unis) simplement Apso, mais le vrai petit chien-lion ils appellent Apso Seng-Kyi". (Seng = Lion, Kyi = chien)
Lettre Mrs Bailey
Graham Newel
" Durant mon séjour au Mussoorie, j’ai eu le plaisir de rencontrer Dsela Dorje, qui était une dame Tibétaine très aristocratique et veuve de feu le Premier Ministre du Butan. J’appris d’elle que l’aristocratie Tibétaine possédait occasionnellement des Apsos mais seulement les plus petits d’entre eux. Ceci était considéré comme une qualité recherchée lors de l’élevage."

(Copie de la page 60 de Voyage d'une Vie de Graham Newel, remis par Melle Dupont).


Continuer comme jusqu’à présent nous amènerait comme je le disais, à effacer purement et simplement une race millénaire par une autre totalement atypique.

Laissons suivre leur chemin aux " Lhassa Américains " et revenons au vrai " Lhasa Apso Tibétain "

Ceci aurait le mérite, comme pour le cocker anglais et le cocker américain, de conserver les deux races.

Yolande De Zarobe
Pastel
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