Février 1975
Chère Madame,

J’ai ramené toute une série d’ « Apzos » de Lhassa, mais ce sont les américains qui les ont emporté aux U.S.A. en 1945. Je n’ai rien publié sur les « Apzos ».
A mon grand regret je ne peux pas vous rendre service, mais selon ma connaissance c’est le Colonel Bailey qui a importé les « Apzoz » en Angleterre et en a fait l’élevage là-bas.

Il n’y a pas de chien d’une race pure au Tibet, parce que les « Apzos » de là-bas étaient d’une taille, d’une forme et de poils différents, quelques une étaient très similaires aux Pékinois (surtout les petits) d’autres avec des jambes plus longues ressemblaient un peu au Pinscher avec des poils longs.
C’est tout ce que je peux vous dire.
Excusez de ne pas avoir répondu à votre fils …..

Dr. Ernst Schäfer



28 Juin 1975

Ernst Shäfer
3133 Göhr


Chère Madame De Zarobe,

Parti une nouvelle fois en voyage, je vous prie de m’excuser pour ne pas avoir répondu plus tôt à votre aimable lettre du 31 mars 1975, et j’ai le plaisir de vous transmettre des informations concernant les Lhassa-Terriers.
1° Dans l’est et le nord-est, ainsi que dans le centre du Tibet, je n’ai jamais rencontré des chiens, qui ressemblent aux « Apzos » mais seulement dans la province de Lhasa et Chigaste, donc dans le Tibet classique, qui est depuis toujours très attaché culturellement à la Chine. Là-bas les animaux furent exclusivement conservés par des particuliers privilégiés comme chiens domestiques et chiens de manchon (bichon).
Les animaux varient extraordinairement aussi bien dans leur taille que dans la structure de leur pelage. Tous les croisements d’épagneul jusqu’au terrier de Lhasa, en passant par le terrier du Tibet, il n’est pas question d’élevage de race pure.
J ‘ai donc tendance à croire que les européens furent les premiers à établir et poursuivre des principes et des buts d ‘élevage, et qu’ils furent les seuls à faire une différence entre les races mentionnées.

2° J’ai trouvé les Molosse du Tibet surtout chez les nomades du nord-est du Tibet, où ils étaient utilisés comme chiens de garde et non comme chiens de berger. Dans le Tibet classique les animaux étaient extrêmement rares.

3° Les chiens tibétains de beaucoup les plus courants (environ 90%) avaient le poil ras ou hirsute, étaient hauts sur pattes ressemblaient aux Terriers chien-parias tant pour la couleur que pour la forme et la taille (jusqu’à 30 livres). Cependant en ce qui concerne la couleur le beige dominait, tout comme elle est la plus courante chez les apzos. Les Terriers étaient souvent sans maître, ils vivaient de détritus. Il n’y avait donc pas d’élevage.

4° Les Molosses ne gardaient ne gardaient nullement les entrées des villages dans l’est du Tibet, pas plus qu’ils n’avaient pour maîtres les lamas riches, chiens nomades, ils gardaient les tentes, des camps (dont il n’existait pas de niche).

Quant à ce qui est exposé dans « l’épagneul tibétain » je n’en ai vu que chez quelques aristocrates (Bhutias) du Sikkim, les chiens étaient tous apparentés aux Lhasa Tibetains et ne faisaient pas l’objet d’un élevage systématique au Sikkim.

Comme je viens de le dire,dans le Tibet classique (Lhasa) des Apzos de toute couleur et de toute taille étaient largement répandus. On ne connaît pas d’élevage de race pure.
Je ne peux donc pas croire, qu’il eut au Tibét un élevage en vue d’obtenir des « chien-lion ». Je suppose plutôt que les relations culturelles, existant entre la Chine et le Tibet depuis le 7 ème siècle, firent en sorte que l’on trouvait assez tôt des bichons chinois dans la haute société tibétaine ; ces chiens se sont croisés avec des cabots du coin, et donnerent peut-être naissance aux Apzos d’une très grande variété. Je n’ai jamais entendu dire, que les « Chiens Lions » et « Apzis » soient une race « sacrée » ou qu’ils fussent considérés à Serra ou Ganden (où j’ai séjourné plusieurs jours) comme la réincarnation de Lamas, ni qu’ils aient servi de mausolée aux hautes personnalités, ceci fait parti de la légende. Les cadavres de grands Tibétains furent coupés et exposés aux vautours. Des Paria vagabondant prirent les restes.

Quant à l’origine d’après moi : des chiens chinois de Pékin furent transportés au Tibet et non l’inverse. Cela est aussi valable pour l’ensemble de la culture mat érielle de la noblesse tibétaine. En ce qui concerne les croisements qui a du engendrer le « Sti-Tsu » je suis d’accord avec l’auteur, il est difficile de déterminer si cela s’est passé en Chine ou au Tibet
.
Entre 1931 et 39 il me fut facile d’acquérir des chiens tibétains, ils n’étaient pas protégés par des dogmes réligieux en condamnant la vente.

En 1939 j’ai rapporté une vingtaine d’Apzos tibétains de toutes les tailles de Lhasa (Tibet), ainsi que des Terriers Tibétains et des Molosses.

A la fin de la guerre ils furent enlevés par des soldats américains du zoo de Cologne pour une destination inconnue.Quelques uns de ces apzos appartenaient à la famille du premier ministre, Tsarong Shape. Ceux-ci ressemblaient beaucoup aux photos ci jointes. Je n’ai pas rapporté de documents, qui prouvent la pureté des deux races tibétaines de quelque façon que ce soit. selon moi les Anglais n’obtinrent une race pure qu’à partir de croisements de races différentes.

Dans l’espoir que mes renseignements vous soient utiles, je vous prie d’agéer, chère Madame, l’expression de mes sentiments distingués.
Dr. Ernst Schäfer