Lhassa Apso La fin de l'authentique


Au moment où la S.C.C. fête les 120 ans de sa création, il est intéressant de prendre connaissance de cet extrait de l'historique de la S.C.C. qui nous renseigne sur la vie canine à cette époque.

La Société Centrale Canine fut fondée en 1882, à Paris, au Cercle de la Chasse (Section du Jockey Club).

Bien avant cette date, le Sport canin existait en France, mais sans être coordonné, sans recevoir de directives officielles. Le Bulletin de la "Société Impériale d'Acclimatation" nous apprend qu'une Exposition Canine, la première, eut lieu du 3 au 10 mai 1863, au jardin d'Acclimatation du Bois de Boulogne, organisée par cette Société. Le Président du Comité d'organisation, ainsi que du Jury, fut l'éminent Professeur au Muséum, membre de l'Institut, M. de Quatrefages, et le directeur de l'Exposition, M. Geoffroy-Saint-Hilaire, qui, dans son rapport, précise ainsi le but de la manifestation :

"Ce n'était pas un spectacle de curiosité, encore moins un marché qu'on se proposait d'ouvrir. On voulait, sous un point de vue autant scientifique que pratique, réunir une collection de chiens aussi complète que possible, afin de distinguer les races pures, utiles, ou d'agrément, et les croisements bons à conserver. Faire, en un mot, une étude et une révision générale de l'espèce. De là, le titre d'Universelle, donné à cette Exposition."

C'est donc tout imprégnés de cet état d'esprit que de nombreux cynophiles amateurs créerent la S.C.C..

Reconstituer nos vieilles races indigènes et introduire et acclimater en France les meilleures races étrangères. Tel en était le but.

En un mot, faire des expositions canines une grande leçon d'histoire naturelle.

Durant de longues années un grand et important travail sur ces bases a été accompli.

Aujourd'hui le paysage a changé. Depuis plus d'une vingtaine d'années, le chien a pris,dans le monde et en France, une place prépondérante. D'après les statistiques, nous arrivons en tête des pays d' Europe pour le nombre de chiens. Ce phénomène n'a pas échappé aux affairistes qui ont compris le profit qu'ils pouvaient en tirer. Il s'est donc développé autour du monde canin et des expositions canines tout un univers dont l'esprit s'est éloigné de la cynophilie pour se rapprocher du profit.

Toute une série d'activités de support du chien et des expositions canines ont apparu : les organisateurs d'exposition, les éleveurs, les juges, les handlers, les toiletteurs, les producteurs d' aliments, de cosmétiques et de fournitures pour chien qui d'une manière ou d'une autre y trouvent aussi leur profit.

Et le chien dans tout cela ??? Il est devenu l'alibi du système et la victime de la mode.

Toutes les techniques modernes ont été employées pour mettre en valeur au maximum les races canines. Mais l'excès et l'outrance amènent forcement des dérives. Les expositions spectacle telles que nous les connaissons aujourd'hui, ont donné naissance aux hyper types au mépris de toutes considérations pour la santé et le tempérament de l'animal. Comme dans les jeux du cirque de l'Antiquité, il faut toujours plus de spectacle, toujours plus de grands effets. Le "Best in Show" en est un exemple aussi ridicule qu' inutile. Se servir des chiens comme attractions de spectacle, il y a là quelque chose d'infiniment déplaisant et qui sonne faux, car quelle peut être la valeur d'un jugement qui compare entre eux des animaux incomparables ? Comment peut on comparer un Chi Hua Hua avec un St Bernard ??

La Convention Européenne pour la Protection Animale qui avaient pris en compte enfin, toutes les maltraitances du monde animal en général, commence à pointer son nez. Il aura fallu de nombreuses années pour que certaines règles soient mises en application.

On ne coupera plus les oreilles ni la queue de certaines chiens, comme le voulait l'usage,on ne coupera plus les cordes vocales du chien dont l'aboiement est gênant, mais on essayera plutôt de bien l'éduquer, on n'arrachera plus les ongles et griffes de nos animaux familiers, on ne présentera plus d'animaux dont le pelage a été frauduleusement teint ou travaillé artificiellement, seul un peu d'eau est autorisée pour le dernier coup de peigne avant d'entrer sur le ring. On ne permettra plus d'opérations esthétiques pour effacer quelques défauts de morphologie.

C'est là, petit à petit, tout une vision nouvelle du chien et par conséquent de l'exposition qui se profile au propre comme au figuré.

Si le public est avide de curiosité, il faut lui donner une bonne information. Ce n'est pas pour voir un ballet de majorettes qu'il se rend à une exposition canine mais pour connaître, apprécier et comparer les races de chiens entre elles.

Pour ce faire, le Juge devrait expliquer son jugement le rendre intéressant et instructif ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

J'ai assisté à un jugement au micro, où le Juge soulignait les caractéristiques qui motivaient son choix et je peu vous dire combien le public participait avec intérêt, il apprenait quelque chose, c'était vivant. Il ne restait pas là passif à accepter une décision que parfois il ne comprend même pas, il participait au jeu.

Tous les excès commis pour obtenir les chiens recherchés pour le Show, sélection à outrance, manipulation génétique, croisement entre dominants, contrainte de vie en opposition avec la nature de l'animal, usage d' alcaloïdes, enfin tout ce qu'il est possible de faire pour sacrifier le chien sur l'autel de nos vanités, ont fini par émouvoir les Pouvoirs Publics.

Les responsables du monde canin essayent maintenant de revenir à un mode de vie et un comportement plus respectueux de l'animal. Si le travail des Sociétés Canines, des Clubs, des éleveurs et des juges a donné de nombreux résultats positifs, il n'a pu éviter de nombreuses dérives, notamment le développement des chiens hyper typés auxquels on retire sa dignité animale pour en faire un chien objet, ou des chiens de races dites dangereuses avec les conséquences dramatique que l'on connaît.

Tout cela ne serait jamais arrivé si l'on avait mieux respecté l'animal, c'est pourquoi l'esprit qui animait la création de la première exposition universelle de 1863, me paraît être la voie dans laquelle pourrait se fondre harmonieusement le respect du chien et la modernité des connaissances .

"Ce n'était pas un spectacle de curiosité, encore moins un marché qu'on se proposait d'ouvrir. On voulait, sous un point de vue autant scientifique que pratique, réunir une collection de chiens aussi complète que possible, afin de distinguer les races pures, utiles, ou d'agrément, et les croisements bons à conserver. Faire, en un mot, une étude et une révision générale de l'espèce

Moins de marketing, plus de cœur.



Yolande De Zarobe
Pastel
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